Maxime a participé au Forum international de Constanta organisé par le PEJ-Roumanie en août dernier. Il a pu bénéficier d’un soutien financier pour son voyage de la part du Fonds de mobilité du PEJ-France.

Mardi 23/08

Après avoir passé la nuit chez un ami nantais, je pars vers 8h30 en direction de la gare de Nantes, où mon train pour Paris m’attend. Je passe le voyage seul, ce qui me permet de faire le point sur mes appréhensions. Car la Roumanie est victime chez moi, j’en ai conscience, de beaucoup de clichés – et j’attends de ce voyage de découvrir si oui ou non ces clichés sont valables.

Arrivé à Montparnasse, je vais chercher l’argent qui me sera nécessaire au cours de mon périple, puis direction le métro. Après deux mois passés à Paris cet été, c’est avec un plaisir plus ou moins ironique que je retrouve les couloirs, les pubs, les gens du réseau de la RATP – aussi bien les contrôleurs que les vendeurs ambulants. Une certaine nostalgie s’empare de moi alors que j’arrive à Porte Maillot, où je dois prendre la navette direction l’aéroport de Beauvais. A l’entrée de la navette, des Tziganes essayent de négocier avec le chauffeur pour pouvoir aller à l’aéroport gratuitement ; le chauffeur leur explique que ce n’est pas possible et le père de famille se dit persécuté, et même victime de racisme. Une dame se tourne vers moi et m’explique que c’est pour ce genre de comportement que les Tziganes doivent disparaître… Ambiance !

Je somnole encore lorsque nous arrivons à Beauvais. Chacun descend lentement, prend son bagage et attend l’heure signalée sur les écrans pour commencer l’enregistrement des bagages et passagers. Mais là, c’est l’hécatombe : le vol pour Bucarest, initialement prévu à 16h30, ne partira pas avant 19h15. Aucune explication supplémentaire n’est donnée, tout le monde commence à s’agiter. J’apprendrai un peu plus tard que Blue Air est coutumière du fait, ce qui s’explique par sa situation financière légèrement dans le rouge.

Je dois donc attendre trois heures, seul, dans un petit aéroport, en pleine campagne. J’écoute un peu de musique, mais la batterie de mon Ipod lâche ; idem avec mon portable. A ce moment précis, je me demande si le destin m’en veut et je cherche, dans l’hypothèse où ce serait le cas, à savoir pourquoi – c’est tout à fait perturbant, mais ça m’occupe quelques minutes. Petit à petit, je discute avec quelques personnes, me balade dans l’aéroport et achète à manger, cela permet de tuer un peu le temps. Mais je m’ennuie énormément, aussi suis-je ravi lorsque s’ouvrent les portes de la salle d’embarquement. Nous passons le contrôle de la P.A.F (Police Aux Frontières) puis attendons notre avion dans une espèce de préfabriqué. Nous embarquons finalement à 19h20, pour décoller à 19h45. Mieux valait ne pas être trop pressé.

A 22h15, j’arrive à Bucarest, où il est en fait 23h15. Lorsque nous arrivons au contrôle douanier, trois militaires aux uniformes rappelant étrangement ceux des soldats soviétiques se postent pour le contrôle, tout ceci accompagné par la musique du film Le Parrain. L’atmosphère est assez cocasse et décalée, mais autour de moi personne n’a l’air d’y faire tellement attention. Je retrouve Vincent à la sortie de l’aéroport, il m’explique en quelques phrases le programme de la soirée et du lendemain. Nous retrouvons son parrain, qui nous amène de l’aéroport jusqu’à l’appartement où nous logeons à Bucarest. Durant le trajet, Vincent me montre quelques uns des grands monuments que nous pouvons croiser, et je me rends compte de la richesse patrimoniale de la capitale roumaine. L’appartement est confortable, relativement spacieux et bien équipé. Il est assez près du centre de la ville et proche des transports en commun. Ceci va nous permettre de rejoindre toutes les parties de Bucarest facilement et rapidement.

D’ailleurs, pour bien commencer le périple, nous nous rendons dans le quartier le plus actif de Bucarest, où se succèdent bars, clubs et restaurants. Nous nous asseyons à la terrasse de l’un d’entre eux, et commençons à fixer les plans des visites et activités. Nous parlons à quelques personnes, mais, fatigués par cette journée assez harassante et la chaleur roumaine, nous décidons de rentrer nous coucher.

Mercredi 24/08

En fin de matinée, nous nous réveillons doucement. Il nous manque quelques denrées, nous sortons donc tous les deux en chercher à l’épicerie. A peine la porte de l’immeuble passée, nous comprenons qu’il fera encore plus chaud ce jour que la veille, où les températures étaient pourtant déjà assez écrasantes.

Après avoir ramené les courses à l’appartement, nous nous mettons en route pour le Cercle Militaire, où nous allons déjeuner. Cet établissement, situé dans un bâtiment massif et puissant, comme énormément de monuments dans Bucarest, offre une carte fournie mais bon marché, ce qui nous permet de goûter à plusieurs spécialités roumaines sans nous ruiner… Et c’est excellent ! Sur la table passent soupe, salade, snitzel, cascaval pané, gâteaux et boissons, et nous sommes repus bien avant la fin du repas. Après trois heures passées à table, nous partons voir la tante de Vincent, qui vit juste à côté. Très gentille et accueillante, elle et sa fille nous proposent à manger. Pour ne pas paraître offensants, nous mangeons chacun une tomate et un bout de fromage : malgré le refus catégorique de notre corps, nous ne pouvons pas refuser…

Nous nous rendons ensuite dans un centre commercial. Celui-ci, dans sa disposition et son organisation sur plusieurs étages, me fait penser à ceux de Berlin. D’ailleurs, la ville même de Bucarest est assez proche de la partie est de Berlin d’un point de vue architectural : grands bâtiments majestueux, larges avenues, grands espaces verts, fontaines, etc. La volonté de puissance du communisme se reflète dans l’architecture, en Allemagne comme en Roumanie – et j’aurai l’occasion de voir confirmée cette impression durant le reste de mon périple.

Lorsque nous sortons du centre, où nous n’avons finalement fait que des projets d’emplettes, il est déjà plus de 20h30. Il est temps de rentrer à l’appartement, de se laver et préparer pour ce soir : nous sortons ! Nous nous rendons dans le même quartier que la veille, mais décidons de choisir un autre bar/club. Nous tombons sur le Revenge, un établissement un peu underground dans son style et qui passe de la musique assez géniale : l’ambiance est parfaite, les filles sont belles, les gens s’amusent. Nous rencontrons alors des Hollandais, venus comme nous en vacances, habitués des lieux ; ils nous expliquent que Bucarest est une ville où faire la fête fait partie de la vie de tous. Nous sympathisons avec les Hollandais, puis leurs amis. Nous dansons, buvons quelques verres, discutons du mieux que nous pouvons à travers la musique et les cris. Vers 2h30, je décide de rentrer à l’appartement en taxi et Vincent m’accompagne. Demain, une grosse journée nous attend !

Jeudi 25/08

La soirée de la veille a été intense : j’ai donc logiquement un peu de mal à sortir du lit. La soif, terrible, m’y aide. La phrase du Guide du Routard acheté avant le voyage « Eviter Bucarest l’été, très étouffante. » prend tout son sens : il fait aujourd’hui encore plus chaud que la veille, et ce n’est pas peu dire : 38°C sur le thermomètre – et il est à l’ombre. Néanmoins, nous arrivons à survivre, grâce à deux choses.
D’abord, les nombreux magasins proposant des boissons fraîches : ils sont omniprésents et bon marché – nous leur en rendons souvent honneur ! Ensuite, une caractéristique de Bucarest et qui paraît-il se retrouve dans de très nombreuses villes d’Europe de l’est : la multiplicité des espaces verts. En effet, les parcs sont très importants à Bucarest : très beaux et travaillés, grands, voire très grands pour certains, les Roumains comme les touristes les fréquentent assidûment, en été comme en hiver – notamment ceux bénéficiant d’un lac, transformé en patinoire durant la saison froide.

Nous devons décaler légèrement notre programme : il fait trop chaud aujourd’hui pour le sight seeing, nous nous concentrons donc sur les visites de petits monuments et des rues bucarestoises. C’est l’occasion pour moi de découvrir une « spécialité roumaine » : les églises cachées dans des cours d’immeuble. Si ce genre de phénomène existe dans d’autres pays, en Roumanie – et surtout à Bucarest – la spécificité de la chose est que ces bâtiments religieux n’ont pas été construits à l’intérieur de cours déjà existantes, mais ont été entourées d’immeubles, ceci afin de les cacher, sans pour autant les détruire. Ceci tient, comme beaucoup de choses dans la capitale roumaine, d’une volonté politique de Ceausescu : le dictateur communiste voulait réduire la puissance de la religion ; or, comme on l’a vu avec l’Allemagne nazie ou la Russie soviétique (mais aussi, toute proportion gardée, dans les régimes démocratiques comme la France ou l’Angleterre) la puissance politique tient énormément du symbole, en particulier architectural. Associez cela à la folie d’un homme tel que Ceausescu, et vous comprenez rapidement la logique de cette disposition toute particulière.

Durant toute cette journée, nous sommes accompagnés par Claudiu, un Roumain rencontré durant la soirée de la veille. En plus de nous faire découvrir certains coins de la ville « pas très touristiques », il nous offre la vision des jeunes Roumains sur leur pays : c’est un beau pays, mais il n’y a pas grand-chose à y faire pour vivre convenablement, il vaut mieux partir ; le bon côté pour lui est qu’en Roumanie la vie est peu chère, et les possibilités pour faire la fête sont partout – ce qui confirme notre impression.

Une autre chose me frappe, plus encore que durant les autres journées : en Roumanie, la publicité est partout. La télévision en est infestée, les rues aussi – mais, surtout, les bâtiments. Parfois de style ancien, voire très ancien, certains immeubles sont devenus des quasi-panneaux publicitaires. Les grands groupes de boissons, d’électronique, les magasins de prêt-à-porter… tous ont leur(s) grand(s) panneau(x) partout en ville. On sent très vite que cela n’est pas naturel, que cela n’a pas toujours été comme cela et chacun peut le confirmer : la Roumanie a très vite fait sa transition économique, le capitalisme s’y est profondément installé et comme dans tous les phénomènes sociaux rapides, il y a des débordements, des excès… Cette publicité « sauvage » en est un exemple évident.

Claudiu, en bon guide, prend soin de ses hôtes et nous demande si nous voulons manger. La faim se fait un peu sentir, nous acceptons donc volontiers. Il nous emmène alors dans un restaurant typiquement roumain, recommandé par tous les guides de voyage : le Caru’ cu bere. Danseurs au rez-de-chaussée, musique tzigane au sous-sol, fresques représentant manifestement des scènes de légendes folkloriques roumaines et bien sûr plats traditionnels roumains, l’endroit est cossu et classieux, tout en restant simple et accueillant. Suivant les conseils de Claudiu, je commande un plat à base de porc, de pomenta, de fromage râpé et d’oeuf poché. L’assiette qu’on m’apporte n’est pas très grande, mais je comprends dès la première bouchée qu’elle sera amplement suffisante : ce plat, sans être lourd, est extrêmement nourrissant – j’ai même du mal à le finir.

Pour bien terminer la soirée, nous nous rendons dans un club, pas très loin du Cercle Militaire. L’ambiance, une fois de plus, est excellente : musique electro/hip-hop, dubstep, progressive… Bien différent de ce que l’on peut entendre le reste du temps dans Bucarest, ville qui ne semblait connaître que la house commerciale d’Inna ou Alexandra Stan, lassante à la longue. Je discute avec la Dj, très sympa et ouverte, quelques clients du bar, les barmen… Ils sont, selon leurs mots, ravis de nous accueillir à Bucarest, dans leur univers… Et cela se sent dans leur comportement : ils nous invitent à danser, nous parlent, nous posent des questions, écoutent avec attention et, surtout, un grand sourire. Nous sympathisons avec un jeune couple : elle s’appelle Cristina, lui Bogdan. Claudiu et Bogdan parlent tous les deux, pendant que Cristina discute avec les petits Français que nous sommes : nous apprenons que Cristina a 19 ans, est Moldave et vient d’arriver à Bucarest pour ses études de droit. On danse beaucoup, discute pas mal, boit un peu… La soirée dure longtemps, mais sans que l’on s’en aperçoive : nous faisons la fermeture de l’établissement, soit 5h30, heure où nous quittons Claudiu. Le retour à l’appartement est un peu difficile, mais nous arrivons finalement à bon port, sains et saufs.

Vendredi 26/08

Quand on se couche à plus de 6h du matin, il n’est pas étonnant de ne se réveiller qu’à 13 ou 14h. Ces horaires un peu particuliers nous permettent néanmoins de profiter pleinement de nos (trop rares) heures de bonne forme, puisque la température commence à s’adoucir à cette période de la journée. Comme prévu par la météo, il ne fait pas trop chaud aujourd’hui, mais il y a assez de soleil pour prendre des photos : les conditions sont donc parfaites pour (enfin) faire le sight-seeing que nous avions prévu depuis plusieurs jours. Nous prenons le bus à deux étages (dont le supérieur est ouvert) Piata Revolutiei, calons l’écouteur du guide électronique sur nos oreilles et nous laissons guider. Le tour de la ville est relativement court (environ une heure), mais suffisant pour repérer les grandes avenues, places et bâtiments à voir dans Bucarest : ambassades, tours, musées et bien entendu le fameux palais de Ceaucescu, aujourd’hui Parlement de Roumanie. Certaines découvertes sont assez « cocasses », surtout pour nous Français ; ainsi nous apprenons que la Place Charles de Gaulle fut anciennement la place Staline ! Après la révolution de 1989, la statue du chef soviétique fut enlevée, mais pas remplacée. Aujourd’hui se trouve donc un grand rond point vide et une statue de taille raisonnable du général de Gaulle est placée sur un des côtés de la route.

Durant tout le voyage en bus, une chose me frappe, ou plutôt me revient à l’esprit puisque Vincent m’avait déjà fait cette réflexion : il n’y a pas réellement de « centre-ville » à Bucarest. Tout n’est que ville, bâtiments massifs et puissants, voies très larges, grands espaces. Ainsi les quartiers sont-ils assez difficiles à dissocier mentalement, puisque l’architecture de la ville est partout très proche – heureusement, elle est magnifique. Seul le quartier des ambassades, avec ses demeures gigantesques et très classieuses, se démarque réellement des autres.

Bien que la chaleur se soit calmée par rapport à la veille, elle arrive à nous fatiguer assez pour que nous ayons besoin de rentrer nous reposer. Vincent n’est pas très en forme, sûrement à cause de la nourriture que nous avons mangée durant la journée – je dois avouer que je ne suis pas au summum de la vivacité moi non plus. Nous ne ferons donc pas de vieux os ce soir, d’autant plus que plusieurs visites sont prévues pour le lendemain.

Samedi 27/08

Nous nous réveillons cette fois en fin de matinée : l’air est chaud, mais pas lourd, ce qui laisse présager une journée assez agréable. Je pars pour le Palais de Ceausescu, afin de voir à quoi il ressemble de l’intérieur : est-il aussi majestueux qu’il ne le laisse paraître ? En fait, comme je vais le découvrir, il l’est peut être encore plus !

Deuxième plus grand bâtiment du monde après le Pentagone, le Palais de Ceausescu reflète la folie d’un homme complètement mégalomane : plus de 6000 pièces, toutes très richement décorées – et c’est un euphémisme. Entièrement roumain, des matériaux à sa conception en passant par sa fabrication, il a été pensé comme une arme de propagande nationaliste par Ceausescu. Les pièces sont gigantesques, chargées d’oeuvres d’art toutes plus magnifiques les unes que les autres, chargées de symboles reflétant la grandeur et la richesse de la Roumanie. La guide, Ana Maria, nous fait passer par les escaliers tout en marbre, sous des lustres de cristal gigantesques. Cette démesure, ce luxe flamboyant, cette richesse sont assez inédits et surprenants dans un pays souvent pointé du doigt comme étant celui qui tire l’Union Européenne vers le bas. Le coût total de construction du Palais est de 4 milliards d’euros pour l’estimation la plus basse (qui est aussi l’officielle), les charges d’entretien et alimentation de tout l’édifice reviennent chaque année à plus de 4 millions d’euros. Toutes ces dépenses n’ont en fait – ironie du sort – jamais profité à Ceausescu, qui n’a jamais vu son Palais terminé : à la Révolution, en 1989, seuls 60% de la construction étaient terminés. Et même aujourd’hui, 4% restent à finir. 4%, c’est aussi la proportion du Palais que nous avons pu découvrir lors de notre visite, qui a duré pourtant plus d’une heure, à un rythme rapide, ce qui laisse imaginer la grandeur du monument. Ce dernier accueille aujourd’hui, entre autres, les deux chambres du Parlement et le Tribunal constitutionnel : malgré le changement de régime, le Palais reste donc un grand symbole du pouvoir politique en Roumanie – ce qui peut paraître surprenant, voire choquant, mais s’explique économiquement : en effet, selon les estimations des spécialistes, détruire le palais aurait coûté plus cher que de le terminer… Autant l’utiliser ! Cela n’a d’ailleurs pas été chose facile à mettre en place, comme le révèle l’anecdote suivante : juste après la révolution de 1989, le nouveau gouvernement ne savait pas bien quoi faire du Palais, et il a alors été question de le vendre à des investisseurs privés ; le magnat de l’immobilier américain Donald Trump s’est alors proposé pour l’acquérir, avec pour projet de transformer l’ancien symbole du communisme totalitaire en… casino. Ironie de l’histoire ou plaisanterie un peu cynique, chacun sera juge, mais cette histoire reflète à elle seule toute l’ambiguïté et les paradoxes sur lesquels repose la société roumaine, tiraillée entre deux extrêmes.

Après la visite du Palais, j’enchaîne avec celle du musée des costumes traditionnels roumains. Malgré une ambiance assez poussiéreuse, je peux découvre les codes vestimentaires de la Roumanie selon les différentes régions, époques et, plus surprenant, situations sociales : la personne est-elle jeune ou âgée ? Mariée ? Si oui, nouvellement ou depuis longtemps ? Cela m’offre un aperçu des costumes que je verrai le lendemain, lors de la première soirée du Tomis Forum du Parlement Européen des Jeunes.

Je passe ensuite par le centre commercial Unirea : très grand, sur plusieurs étages, on y trouve des vêtements de toutes sortes et marques. J’y achète quelques affaires dont la nécessité se fait sentir, mange un peu (la chaleur donne très soif, mais n’aide pas vraiment l’appétit), puis retourne vers le cercle militaire, mon repère pour revenir à l’appartement. Je passe devant le musée national d’histoire et souhaite le visiter, mais il est fermé pour la journée. On m’informe qu’il m’est possible de le visiter entre 19h et minuit, ce que j’aurais fait avec plaisir, mais j’ai d’autres priorités : je dois préparer mes affaires pour me rendre, en compagnie de Vincent bien entendu, à Eforie Nord, petite station balnéaire de la Mer Noire. Je rentre donc à l’appartement, parle du musée à Vincent, qui me répond que nous essaierons de nous y rendre pendant nos deux jours à Bucarest, à la fin de notre voyage, puis prépare mes valises. Un peu de ménage dans l’appartement, une lessive, nous dînons puis nous rendons dans le quartier des bars à narguilés. Nous rentrons finalement aux alentours de 23h30, afin de dormir assez pour être en forme et ainsi bien commencer le forum.

Dimanche 28/08

Aujourd’hui, nous partons de Bucarest en train, jusqu’à Eforie Nord. Nous arrivons à la gare en taxi, armés de nos deux valises bien chargées, prenons les billets et montons dans le train. Il est vieux, mais propre et plutôt spacieux – il s’avéra que nous nous étions installés en première classe, mais la seconde est très bien aussi. Ce confort est nécessaire : nous allons passer trois heures dans ce train, qui traverse les campagnes roumaines à une allure très (très) modérée, de probablement moins de 100 km/h !

Pour me consoler, je me dis que cette vitesse de croisière me permet au moins d’observer les contrées que nous traversons : entre campagnes rurales et industrielles, zones ayant l’air abandonnées et quasi-bidonvilles, je vois l’autre face de la Roumanie, celle que j’ai pu voir auparavant à la télévision. Dans certains coins, les paysans utilisent encore des charrettes tirées par des chevaux pour transporter leurs marchandises et portent les costumes traditionnels datant du début du XXème siècle. Ambiance spéciale, donc, mais il faut avouer que ce genre de paysage est assez fascinant pour moi, tant il est décalé par rapport à mon environnement d’origine, à mon pays, à ma situation, que je sais tous assez privilégiés.

Lorsque nous arrivons à Eforie Nord, j’ai l’occasion de voir le même phénomène que lors de la pause à Constanta, à quelques kilomètres en amont : des gens viennent directement à la sortie des trains pour proposer des logements, des vêtements, de la nourriture, etc. aux voyageurs. Il suffit d’un petit « Nu, multumesc » (Non, merci beaucoup) pour qu’ils vous laissent tranquille, mais ils sont extrêmement nombreux, cela prend donc un certain temps. Finalement, nous retrouvons les gens du PEJ Roumanie, que nous avions pu « voir » via Facebook. Très accueillants, ils nous amènent à l’hôtel Ten Union***, situé à 500m de la mer Noire. C’est ici que nous allons passer le forum et l’endroit est plutôt agréable, en tout cas il est propre, ce qui n’est pas toujours le cas en Roumanie, comme nous avons pu le constater.

Nous nous enregistrons auprès de la réception, et montons dans nos chambres. Je partage la mienne avec Can (prononcer John), un Turc lui aussi venu à Eforie Nord en tant que journaliste ; Vincent a lui deux colocataires roumains, venus en tant que délégués. Pour lutter contre la chaleur, nous détendre après le voyage et profiter du temps libre qu’il nous reste, nous décidons de piquer une tête dans la grande piscine de l’hôtel. Après quelques longueurs, nous bronzons un peu (du moins nous essayons) accompagnés de Can qui nous parle de son périple jusqu’à Bucarest, plein de difficultés administratives du fait de sa nationalité turque.

Après un repas léger au restaurant de l’hôtel, nous discutons avec quelques délégués venus de toute la Roumanie et pour certains de l’étranger. Sont ainsi présents des Grecs, des Turcs, des Italiens, un Tchèque, un Allemand et, bien entendu, des Français (Vincent et moi). Lorsqu’ils entendent que nous venons de France, tous les participants à la session ont tous la même réaction : essayer de parler Français et/ou s’excuser de ne pas bien le parler. Ce comportement se répètera tout au long du séjour et nous permettra de connaître très vite beaucoup de gens : que du positif pour le moment, donc.

Aux alentours de 17h, quasiment tous les participants à la session sont arrivés à l’hôtel et sont donc appelés pour la cérémonie d’ouverture de l’évènement : présentation des organisateurs, appel des équipes, rappel des règles régissant le forum… Puis, enfin, le forum commence. Tous les délégués, chairs et journalistes sont réunis dans leur commission respective pour quelques heures de Teambuilding. C’est l’occasion pour tout le monde de découvrir les gens qui vont faire partie, durant les 5 prochains jours, de leur équipe.

Ma commission est nommée AFET II, ou Commission sur les Affaires Etrangères II. Elle est très largement féminine, puisqu’avec Constantinos (dit Costas), un délégué grec, nous sommes les deux seuls garçons de la bande de 15 personnes. Nous commençons par des jeux orientés vers la connaissance des prénoms de chacun, puis continuons avec quelques jeux un peu plus « physiques » qui nous permettent de nous dépenser quelque peu. Ensuite, nous sommes séparés en trois équipes, avec chacun deux défis : réaliser une photo de groupe répondant à une certaine consigne (celle de mon équipe étant « Faire une photo avec quelqu’un de connu ») et construire quelques chose d’original en utilisant impérativement une feuille de papier, si l’on veut en l’associant à des éléments extérieurs ; tout ceci en moins de 20 minutes. Mon équipe se révèle assez créative : nous terminons avec un bonhomme composé pour le corps d’un palmier à l’entrée de l’hôtel, pour yeux de deux oranges offertes par les serveurs du restaurant et pour bouche la fameuse feuille de papier. Nous trouvons une parade à la difficulté de trouver quelqu’un de connu en prenant une photo au côté du Mickey Mouse du manège en face de l’hôtel. Ces deux créations nous valent le titre d’équipe la plus originale, décerné par l’ensemble de la commission ! Pour finir, l’équipe se regroupe pour discuter du déroulement des prochains jours de la session. Une fois terminée cette petite réunion, les délégués partent dans leurs chambres afin de se préparer pour le Village Interculturel.

C’est pour moi l’occasion de découvrir l’équipe de journalistes au complet : nos deux rédacteurs Dragos et Ruxandra, Can mon colocataire et sa compatriote Olcay, ainsi que quatre autres Roumains, à savoir Andra, Andreï, Alina et Emma. Chacun a sa spécialité : musique, mode, psychologie, fête, travail en commission, vidéo, photographie… Nous sommes complémentaires et nous entendons bien directement ; cela laisse présager du bon travail ! Dragos et Ruxandra nous expliquent quels sont précisément nos objectifs et la manière par laquelle ils entendent les remplir : il s’agira de réaliser un numéro du magazine EYP-Tabu (magazine officiel du PEJ en Roumanie, habituellement en Roumain mais en Anglais pour l’occasion) et un film de qualité sur le TOMIS Forum. Nous avons à notre disposition du très bon matériel photo/vidéo et la confiance de nos éditeurs… Tout pour réussir, donc !

En guise de dîner, nous avons droit à un véritable buffet de rois, qui en plus de cela nous permet de découvrir les spécialités culinaires des différentes régions roumaines, mais aussi de certains pays représentés dans ce forum (en l’occurrence la Grèce, la Turquie, la République Tchèque et l’Allemagne). Nous mangeons bien, très bien même : fromages, viandes, gâteaux, plats typiques, desserts… Il y en a pour tous les goûts et, en bons Français, nous nous régalons de ces plats préparés avec soin par les délégués, qui ont très bien travaillé. Pour aller plus loin dans la présentation des traditions régionales, les Roumains ont revêtu des costumes traditionnels, identiques à ceux que j’avais pu voir lors de ma visite de la veille au musée des habits traditionnels roumains. Le repas est suivi d’une présentation de chaque région et de son folklore ; c’est l’occasion de danser et de chanter tous ensemble, ce qui ravit tout le monde ! Le Village se termine finalement aux alentours de 22h30 : chacun affiche un grand sourire, ravi d’avoir pu se dépenser dans la bonne humeur et le partage.

Il n’y a pas de sortie organisée ce soir, chacun a donc quartier libre après le Village. Can et moi en profitons pour faire un tour de l’hôtel et ses environs : piscine, plage, échoppes, bars, hôtels, touristes… Eforie Nord est la station balnéaire par excellence ! Nous rencontrons des déléguées, qui nous accompagneront le reste de la soirée, passée sur la plage à discuter, refaire le monde et continuer le Teambuilding. Mais à un moment, il commence à se faire tard et demain la journée démarre tôt. Si nous ne voulons pas rater le petit-déjeuner, il nous faut aller nous coucher, ce que nous faisons aux alentours de 3h du matin tout de même !

Lundi 29/08

Finalement, se coucher « tôt » n’était pas forcément nécessaire, puisque ne nous a pas empêché Can et moi de rater le petit-déjeuner et d’être un peu en retard sur le programme… Nous nous dépêchons donc d’aller sur la plage retrouver les commissions en plein Teambuilding. L’objectif pour moi, ce matin, est triple : il me faut apprendre à bien connaître mes délégués, analyser le mieux possible le processus de Teambuilding (sujet d’un de mes articles) et enfin prendre des photos et des vidéos de ma commission. Dans cette dernière mission, je travaille avec Can, très bon photographe et caméraman.

Ana Maria Raducanu, la Chair de la commission que j’ai charge de « couvrir » (AFET II) mais aussi présidente du TOMIS Forum, se révèle une très bonne meneuse d’équipe : elle mêle jeux physiques, jeux d’eau et jeux plus introspectifs – ce dernier point m’intéresse particulièrement. Cela permet à tous les délégués de connaître les autres (quelles sont les peurs, les espoirs, les plaisirs, les passions de chacun ?) ainsi qu’eux-mêmes, ce qui se révèlera très constructif pour la suite. En effet, grâce à leurs discussions et témoignages, les délégués s’expriment et s’écoutent avec confiance, apprennent à se respecter et à se comprendre : ceci permettra de mieux anticiper les problèmes lors du travail en commission, tout proche, et ainsi de mieux les surmonter !

Au retour de la plage, vers 11h, les délégués mon devoir se montrer créatifs ! En effet, ils vont devoPendant que les délégués s’amusent, les journalistes travaillent : nous prenons plein de photos, de vidéos en vue d’illustrer nos articles et constituer notre film de session. Les appareils de Can combinés à son réel talent font des merveilles et nous finissons le Teambuilding avec à notre disposition de très belles images.

Rires, écoute, camaraderie voire amitiés naissantes, cette matinée a fortement lié les délégués entre eux… et cela se voit ! Alors que la veille chacun rejoignait ses amis ou du moins les gens de sa propre ville, ce midi les délégués ont tendance à préférer leurs tout nouveaux camarades et amis, ce que je vois comme très positif pour la suite du forum (et qui se révèlera l’être effectivement).
Après le repas, l’équipe de rédaction se regroupe pour un point sur nos avancées respectives et le partage des tâches. Je dois écrire l’article sur le Teambuilding (déroulement et importance de cette étape dans la réussite d’une session PEJ) dans l’après-midi, ce qui ne devrait pas être trop difficile après ce que j’ai pu observer le matin-même.

Je pars m’isoler dans ma chambre, au calme, afin de rédiger l’article. Je laisse ma commission commencer son travail, je la rejoindrai quelques heures plus tard – ils devraient avoir déjà bien avancé, je leur fais confiance pour ça. Je profite de ces quelques instants de répit pour faire le point sur la première partie de mon voyage et les observations que j’ai pu avoir lors des six derniers jours. J’ai de la chance : je suis inspiré, l’article sur le Teambuilding s’écrit tout seul ! Je rédige quelques paragraphes du carnet que vous lisez en ce moment même puis vais voir descend dans le hall de l’immeuble pour rejoindre ma commission.

Les délégués d’AFET II sont sérieux et travailleurs malgré la fatigue qui se lit sur leur visage. Je constate un bon dialogue et, surtout, un gros effort de compréhension et d’écoute des avis de chacun, primordial pour réussir à mettre sur pied une résolution sur un sujet aussi difficile que le leur. La problématique à laquelle la commission doit répondre n’est en effet pas des plus simples : il s’agit tout bonnement d’imaginer des solutions à la crise politique et sociétale en Bosnie-Herzégovine, afin de remplacer les accords de Dayton ! Les propositions sont concrètes et pragmatiques, ce que j’apprécie énormément. On sent un bon travail de recherche en amont de la part des délégués, qui leur permet d’avancer efficacement, en évitant nombre de préjugés et d’avis farfelus voire tout bonnement hors-contexte. Après quatre heures de travail en commission, AFET II a bien avancé : les délégués ont ciblé les différentes problématiques auxquelles il convient d’apporter des réponses dans la résolution et d’ores et déjà commencé à trouver certaines de ces réponses. La résolution devrait être prête à temps !

A 19h, Ana Maria met fin à la séance de travail et chacun va se préparer pour le dîner et, surtout, la White Party qui s’annonce ! Les délégués mangent très rapidement pour avoir le temps de se faire le plus beau possible pour la soirée. Chacun revêt ses plus beaux vêtements, les filles se coiffent et se maquillent, les garçons aussi prennent soin de leur apparence. Au point et à l’heure de rendez-vous, c’est un spectacle inédit qui s’offre aux clients du restaurant de l’hôtel : un peu plus de 150 jeunes immaculés de blanc parlant Anglais, Grec, Italien, Roumain, Français… Les passants observent la scène, manifestement amusés, certaines voitures klaxonnent. Les délégués sont motivés, ils ont besoin de décompresser après cette journée intensive de réflexion et de débats acharnés !

Nous arrivons au Carioca Club, où va se dérouler la White Party ; il n’a pas été privatisé mais c’est tout comme : les PEJistes ont presque le monopole de la piste ! Le DJ joue des musiques électro, parfois un peu rock, quelques slows puis à nouveau de la house/électro, histoire de finir la soirée en beauté… Tout le monde danse – l’équipe de journalistes est là pour y veiller – et s’amuse, des amitiés se créent entre les délégués de différentes commissions : le Teambuilding ne s’arrête pas au Ten Union Hotel ! Nous prenons beaucoup de photos et vidéos qui nous permettront, en dehors du fait de bien rire en les revoyant, d’illustrer aussi bien le film que le magazine où les différents évènements prévus, comme par exemple les Tomis Awards (remise de prix plus ou moins fantasques) qui doivent se dérouler en fin de session. Très satisfaits de cette première soirée organisée, à 2h il est néanmoins temps de rentrer au bercail, ce que nous faisons tous ensemble. Arrivés à l’hôtel, nous discutons de la soirée qui vient de se terminer et du programme des prochains jours. Bien que tous très fatigués, les membres de mon équipe sont réunis par Dragos pour un petit « journo-meeting » afin de faire le point sur nos avancées respectives, poser des « time-lines » à chacun et réunir différentes idées d’articles, de prix pour les Awards ou pour la mise en page du magazine. Nous sommes un peu endormis et Dragos s’en rend bien compte : nous finissons vite mais bien (du moins nous en avons l’impression) et sommes libérés.

C’est ainsi que nous rejoignons nos chambres, heureux de cette journée bien chargée mais très divertissante, instructive et productive. Je discute quelques minutes avec Can afin que nous échangions nos impressions sur ce début de session. Mais il est plus de 3h et mes paupières sont lourdes, très lourdes – Madame Irma n’a qu’à bien se tenir ! Je souhaite une bonne nuit à mon coéquipier turc, m’écroule et m’endors plus vite qu’il n’en faut pour le dire.

Mardi 30/08

Je ne suis décidément pas du matin, et Can ne m’aide pas beaucoup : comme les deux derniers jours, nous ratons le petit-déjeuner. Mais j’arrive personnellement à négocier quelques petites denrées avec le personnel, histoire de pouvoir tenir jusqu’au déjeuner.

Je rejoins ma commission en plein travail, mais pour quelques dizaines de minutes seulement : nous avons un journo-meeting à 10h30 afin de s’organiser pour la captation des interviews destinées à nourrir les articles communs. Il me faut interviewer Vincent afin qu’il me donne ses impressions sur le système scolaire français, ses bons et mauvais points – mais, soyons honnêtes, même si j’essaye aussi, il nous est difficile de trouver beaucoup de bons points… Puis, je continue à observer les commissions au travail, à prendre des photos et des vidéos et à discuter avec les autres journalistes, notamment Dragos, Ruxandra et Can, afin d’organiser plus précisément la structure du film et établir définitivement la forme de la page de garde du magazine que nous allons produire. Je mets les dernières touches à l’article sur le Teambuilding quand il est l’heure de manger.

Nous déjeunons entre journos – toujours en observant les délégués, cela va de soi – et Ruxandra vient me faire part d’une requête d’Ana Maria : je ne suis pas selon elle assez présent lors du travail en commission et les délégués sont un peu dérangés mon absence ; je dois être plus à leurs côtés. Je n’ai effectivement pas été présent très longtemps à leurs côtés depuis le début du travail de groupe car étais pris par mon travail de rédaction et de production du film – mais la requête est légitime, je tâcherai de corriger la situation dès après le repas. Tous les participants finissent ce dernier en vitesse, pour certains encore plus vite que les autres, quelques chairs ayant tendance à être légèrement « zélés » question ponctualité… Dragos nous rappelle pour la n-ième fois quels sont nos objectifs, nos deadlines et nos priorités, puis, enfin, c’est parti !

Je rejoins ma commission. Au travail depuis moins d’un quart d’heure, les délégués ne paraissent nullement déconcentrés par la digestion de leur frugal repas ; on les sent habités d’une conviction, de la nécessité de remplir leur mission à temps : rédiger une résolution complète, efficace et qui sera acceptée lors de l’assemblée générale de fin de session. Comme je l’avais prévu, ils sont plutôt bien partis : ce matin a été fructueux dans la recherche des différentes problématiques, des réponses à apporter à celles-ci ainsi que la structure de leur résolution. Il reste quelques détails à apporter pour passer définitivement ces étapes, mais leur dernière grande tâche est aussi la plus ardue : il leur faut trouver les formulations de points de la résolution afin qu’elle réponde aux exigences formelles d’une résolution officielle du Parlement européen. Les contraintes de syntaxe, vocabulaire et formulation d’un texte légal divisent les délégués en deux parties : certains se révèlent très intéressés et s’impliquent énormément dans le processus, les autres ont terriblement hâte que cela se termine et ne s’expriment (quand ils s’expriment, ce qui n’est pas le cas de tout le monde, malheureusement) que pour aider les cinq « leaders » à trancher une question difficile. Mais, de fil en aiguille, la commission AFET II arrive à concocter une résolution.
Je ne verrai pas la fin du travail en commission car ai une mission à remplir : interviewer un Grec et un Roumain pour l’article d’Andreï sur les souvenirs de vacances. Chaque interviewé doit répondre à trois questions :

  1. Pour qui achètes-tu généralement des cadeaux en vacances ?
  2. Si tu étais un touriste dans ton propre pays, quel(s) souvenir(s)/cadeau(x) symbolisant le pays dans lequel tu passes des vacances ramènerais-tu chez toi ? ou, plus simplement : Quels sont selon toi les souvenirs qui reflètent le mieux ton pays ?
  3. Quel a été le meilleur cadeau que tu aies fait au cours de ta vie ?

Je choisis deux délégués : Costas, de la commission AFET II, pour la Grèce et Daniel, de la commission FEMM (Droits de la femme), pour la Roumanie. Costas se montre assez peu loquace au début, sûrement un peu intimidé. J’essaye de le rassurer et de l’aiguiller, de trouver le déclic qui arrive finalement assez vite. Daniel est lui beaucoup plus bavard et à l’aise dès les premiers instants. Il vient de la ville de Caracal, du judeţ (équivalent roumain de nos départements) d’Olt – ou Olténie, en Valachie, la région sud de la Roumanie, dans laquelle se trouve Bucarest ; mais, pour moi, il va essayer de ne pas se contenter des spécialités de sa région: il aborde donc aussi les questions aussi bien sous l’angle d’un Roumain venant de Séverine (la macro-région dans laquelle se trouve Caracal), que de celui d’un habitant de Munténie (où se trouve Bucarest), de Transylvanie, de Moldavie ou du Bas-Danube. Au final, les deux entretiens apportent assez d’éléments pour nourrir l’article et, surtout, me permettent une vraie discussion parallèle avec les deux délégués, qui m’apprend énormément de choses – sur la situation sociale en Grèce avec Costas, sur l’histoire et les difficultés actuelles de la Roumanie avec Daniel.

Voici les deux fiches de réponse issues des entretiens, dans leur langue originale (Anglais)et en Français (en italique) :

Interview of Constantinos Grammenidis, AFET II committee, Athens – Greece
Interview de Constantinos Grammenidis, commission AFET II, Athènes – Grèce

  1. I usually buy gifts for my brother, some friends, sometimes my parents, even if they’re not bothered if I don’t!
    Habituellement, j’achète des cadeaux pour mon frère, quelques amis, parfois mes parents, même s’ils ne sont pas dérangés si je ne leur en ramène pas !

  2. Don’t buy tourist gifts! I think I would take some olive oil and ouzo, and probably go to a flee market or to this great place called Monastiraki, where you can buy many things or just have a walk !
    N’achetez pas de trucs de touristes ! Je pense que je prendrais de l’huile d’olive et de l’ouzo, et irais probablement dans un marché aux puces ou à cet endroit super appelé Monastiraki, où l’on peut acheter plein de choses ou juste faire une ballade.

  3. I think my best gift was probably when I went to Berlin: I bought a bag of 2kg of chocolate, which pleased the whole family !
    Je pense que mon meilleur cadeau a sûrement été quand j’ai été à Berlin : j’ai acheté un sac de 2kg de chocolat, ce qui a plu à toute la famille !

Interview of Daniel Dumitrascu, FEMM committee, Caracal – Oltenia, Romania
Interview de Daniel Dumitrascu, commission FEMM, Caracal – Olténie, Roumanie

  1. I buy gifts for the people close to me: my mother, my grandmother, my best friend and also my biology teacher, who is a great, strong person. She’s a model to me.
    J’achète des cadeaux pour les gens proches de moi: ma mere, ma grand-mère, mon meilleur ami et aussi ma professeur de biologie, qui est une personne genial et très forte. C’est un modèle pour moi.

  2. In Romania, I can’t see real trademark products, but maybe I would buy alcohol like wine, Palinka, Tsuika, Cognac… regarding the region I’m in holidays in, because to get good products, you have to directly meet the local producers. It’s the same with cheese: meet the Carpathian local producers! If you can’t bring back food, maybe a Romanian book with Romanian traditional recipes could be a good idea. Then, of course, I’d probably buy Dracula stuff and other souvenirs in Transylvania.
    En Roumanie, je ne vois pas de réel produit typique, mais j’achèterais sûrement de l’alcool comme du vin, de la Palinka, de la Tsuika, du Cognac… en fonction de la région dans laquelle je passe mes vacances, car pour avoir des bons produits, il faut aller voir directement les producteurs locaux. C’est la même chose pour le fromage : rencontrez les producteurs locaux des Carpates ! Si vous ne pouvez pas ramener de nourriture, un livre roumain avec des recettes traditionnelles roumaines peut être une bonne idée. Sinon, bien sûr, j’achèterai sûrement des trucs sur Dracula et autres souvenirs de Transylvanie.

  3. I have a friend whose room is a real mess, so I bought him a mug with the sentence “Curatenia e pentru froieri, geniul poate sa lucrese si in kaos” (Order is for the fools, a genious can work even in chaos) written on it. He broke it one day, but fixed it and still has it on his desk, even if it’s not usable anymore – I guess he likes it, so !
    J’ai un ami dont la chambre est un véritable bazar, donc je lui acheté un mug avec la phrase “Curatenia e pentru froieri, geniul poate sa lucrese si in kaos” (« L’ordre est fait pour les fous, un génie peut travailler, même dans le chaos ») écrite dessus. Un jour, il l’a cassé, mais l’a réparé et le garde toujours sur son bureau, même s’il n’est plus utilisable – j’imagine qu’il l’aime, donc !

Je tape les interviews sur ordinateur, les envoie à Andreï mais, quand j’ai fini, il est temps de se préparer pour le dîner en commission. Je vais dans ma chambre, prends une douche, me change et vais dans le hall de l’hôtel. Surprise : ma commission est déjà partie au restaurant… mais je ne sais pas lequel ! J’ai terriblement honte lorsque je demande l’information dont j’ai besoin aux organisateurs, qui me rassurent un peu en m’expliquant que mes délégués ne sont pas partis depuis longtemps et que, de toute manière, ils ne sont qu’à quelques mètres de l’hôtel, dans le restaurant juste en face.

Je cours rejoindre AFET II, les prie à genoux de me pardonner pour mon retard (je les avais déjà prévenus de mon problème chronique de ponctualité) et, dans leur infinie bonté, me disent que ce n’est pas grave. Ils vont même jusqu’à dire à la serveuse venue prendre ma commande de presser les cuisiniers sur ma commande, afin que je puisse manger en même temps que tout le monde ! J’apprécie énormément le geste, même si le fait qu’ils soient au petit soin avec moi alors que je ne suis objectivement pas assez à leurs côtés (bien que cet après-midi ait permis de changer un peu la donne) me gêne un peu. L’excellente pizza aux fruits de mer calme légèrement le feu de mes remords et le sourire engageant de mes délégués m’inspire de nombreuses questions à leur poser. J’évoque d’abord la situation sociale en Grèce avec Costas, qui nous explique comment la population réagit à la crise puis nous raconte des anecdotes surprenantes sur les forces de l’ordre et les taxis grecs, largement corrompus. Ceci interpelle les Roumains, notamment Bianca, qui nous parle alors de la situation très privilégiée de certaines corporations en Roumanie. Les autres Roumains approuvent et me demandent comment cela se passe en France. Je leur parle des nombreux scandales politico-financiers révélés en France durant les deux dernières années, ce qui les fait réagir : « La France serait corrompue ? » lance Costas ; et Bianca de répondre, hilare : « Elle qui donne des leçons à tout le monde là-dessus, elle ferait mieux de se regarder ! » On n’est jamais plus lucide qu’autour d’un bon repas…

Le dîner tourne court : il est l’heure de retourner à l’hôtel ! En effet, nous ne voulons pas rater le TOMIS Concert et nous devons y aller bien habillés. Nous partons précipitamment du restaurant – non sans avoir payé, bien entendu, mais j’en oublie de prendre une copie de l’addition. Nous courons dans le hall de l’hôtel, montons les escaliers quatre à quatre et nous dépêchons d’être prêts. Certains groupes ont mangé plus loin et sont encore plus en retard – celui de Vincent en fait partie, mais on ne peut leur jeter la pierre, les horaires sont beaucoup trop serrés ! Le concert commencera en retard sur le programme, afin que chacun puisse voir l’ensemble des participants.
Avec Can, j’installe le matériel vidéo et photo : nous devons – exigence de Dragos – prendre les talents qui vont se présenter sous leur meilleur angle ! Et du talent, nous nous en apercevons vite, il y en a manifestement beaucoup : reprises superbes d’Alicia Keys, Mylo ou Jason Mraz, morceaux au piano ou à la guitare, chansons tchèques, démonstration de l’esprit rock’n’roll par Alina… tout cela amené par un Andreï en maître de cérémonie survolté. Bref, cette soirée est une réussite et tout le monde en ressort le sourire aux lèvres. Nous avons pu capter de beaux moments, qui devraient bien montrer l’ambiance joviale du concert.

Avant de nous laisser, au choix, repartir dans nos chambres ou traîner dehors pour discuter, les organisateurs tiennent à nous rappeler les horaires de départ pour les différentes destinations du lendemain, journée de temps libre et découverte : 8h pour le groupe allant sur les plages de Mamaia, 9h pour ceux partant à Constanţa ou au parc aquatique. Les réveils devront être opérationnels, nous prévient-on, car les bus n’attendront pas les retardataires !

Je passe le reste de la soirée aux côtés de Vincent : nous discutons avec les autres délégués, buvons quelques verres, rencontrons des anciens du PEJ maintenant impliqués au sein du Model United Nations – organisation ayant à peu près le même but que le PEJ, mais avec l’ONU plutôt qu’avec le Parlement européen. Là encore, les gens tentent de parler Français, et bien souvent nous surprennent par leur niveau excellent ! Vincent, lui, parle Roumain au maximum, ce qui ne manque jamais de faire sourire de plaisir les Roumains, même ceux que l’on pourrait croire habitués.

Ils doivent finalement partir vers 1h du matin, nous restons sur la terrasse de l’hôtel avec quelques délégués couche-tard. Je leur demande comment se passe la session, si le PEJ leur plaît – le TOMIS Forum est pour beaucoup de délégués le premier évènement PEJ auquel ils participent – et à peu près tous ont la même réponse : la session se passe bien, l’expérience est intéressante, mais le programme est peut être un peu trop chargé, les horaires trop serrés et ne laissent pas assez de temps pour se reposer. Quand je leur demande pourquoi, alors, se trouvent-ils dehors, les délégués rient en choeur et m’expliquent qu’ils sont tout simplement « trop fatigués pour dormir » ! Explication cocasse, mais je dois néanmoins lui reconnaître une part de vérité : tout le monde est très fatigué, moi y compris, bien entendu. Je sens d’ailleurs le sommeil venir à grands pas, il est temps d’aller se coucher. Je grimpe lentement les marches jusqu’au 3ème étage de l’hôtel, ouvre ma porte et m’écroule sur le lit, me laissant porter par les doux bras de Morphée, qui m’ont manqué ces derniers jours.

Mercredi 31/08

Toute douce et tendre qu’elle soit, Morphée n’a pas l’esprit pratique : elle n’a pas de réveil. Heureusement, Can a eu la présence d’esprit d’activer le sien et nous nous réveillons tous deux, pour la première fois du séjour, largement à l’heure… Nous avons même le temps de prendre le petit-déjeuner aux heures réglementaires ! Les yeux fatigués par le manque de sommeil et écrasés par le soleil matinal, nous nous installons, silencieux, à la terrasse de l’hôtel. Vincent est déjà parti pour Mamaia, alors que Can et moi nous rendons à Constanţa. Je sens que j’aurais bien apprécié une journée à la plage, mais j’ai pour mission d’écrire un témoignage contenant mes impressions sur la ville de Constanţa.

Je rentre dans le bus un peu à reculons au départ, je dois l’avouer. Mais, très vite, la compagnie des délégués ayant préféré la culture aux jeux de plage me met à l’aise. Le chauffeur de bus est un Roumain d’origine hongroise et correspond au cliché du chauffeur d’Europe de l’est : massif, la peau cuivrée, l’homme a humblement décoré son véhicule d’icônes religieuses, dans la plus pure tradition orthodoxe. Ce genre d’accessoire me fait toujours rire, car est à double tranchant : d’un côté, l’homme protège superstitieusement son bien et ses passagers, de l’autre, j’ai toujours l’impression que les chauffeurs utilisent ce genre d’images pour se rassurer quant à leur conduite plus qu’imprudente. Notre chauffeur ne déroge pas à la règle : il va vite, très vite même, zigzague dans le trafic assez chaotique en jouant du klaxon. Les autres participants au voyage semblent trouver la situation tout à fait normale, ce qui me rassure autant que cela m’effraie : comment peut bien conduire un chauffeur qu’ils considèrent comme dangereux ?!

Malgré ma (légère) appréhension quant à l’éventualité de décéder dans cet autobus, nous arrivons à bon port en un seul morceau. J’aurais presque envie d’applaudir. Nous descendons du bus et nous séparons en deux groupes : l’un va faire les magasins, l’autre une visite de la ville. Je choisis le deuxième groupe, mais me pose quelques questions quant à ce choix. En effet, à première vue, la ville de Constanta ne paraît pas offrir de réel potentiel touristique : le quartier dans lequel nous arrivons est surchargé de barres d’immeubles plus ou moins délabrées, les voitures sont partout, la foule grouille de partout dans un désordre pas si joyeux que ça, l’air, brûlant et chargé de gaz d’échappement, est assez difficilement respirable. Alors que je commence à regretter amèrement mon choix, Alexeï, Chair au sein du Forum et notre guide durant cette visite de Constanţa, me rassure : nous n’allons pas visiter cette partie de la ville, dans laquelle « il n’y a rien à voir », mais allons plutôt préférer le « centre ». Cette dénomination paraît assez mal choisie, étant donné que ce « centre » est excentré, mais s’explique par le fait que la zone correspond au centre historique de Constanţa.

Pendant le trajet en bus, Alexeï me montre les différents lieux où sortir à Constanţa et me parle de son histoire : il est né en République de Moldavie, mais est arrivé à Constanţa à deux ans. Il adore sa ville, pleine de contrastes, « vivante et dynamique » ; il devra néanmoins la quitter en septembre 2011, afin de déménager en Angleterre, pour suivre un cursus de Business Management à l’Université d’Essex. Il doit s’interrompre et reprendre son rôle de guide, car nous sommes arrivés à destination, mais j’aurai l’occasion de discuter plus longuement en privé avec lui durant la journée, notamment lors du retour à l’hôtel.

En sortant du bus, je comprends immédiatement que je m’étais fait une fausse image de Constanţa : la ville a peut être ses bons côtés. En tout cas, le Centre est ravissant et, surtout, constitue une véritable concentration d’influences architecturales diverses et variées. L’histoire de Constanţa se lit dans les quelques traces laissées sur la ville : nous pouvons admirer un reste de construction murale grecque réalisée lorsque les Hellènes dominaient la région, quand quelques rues plus loin se dresse fièrement une statue représentant la Louve légendaire romaine, installée sur un piédestal. Ces découvertes m’interpellent : je veux en savoir plus sur l’histoire de la région ! Nous marchons un peu et arrivons devant le lycée où Alexeï a obtenu l’équivalent roumain du baccalauréat. Il parle au directeur et demande si nous pouvons visiter l’établissement. Malheureusement, il y a des examens toute la journée, une visite est donc impossible. Alors que notre guide discute, je suis en plein questionnement sur les raisons de la présence d’un garde armé et affublé d’un gilet pare-balles juste devant la porte du lycée. Lorsque je pose la question à Alexeï, il tourne la tête vers l’homme, puis me regarde, sourit et me dit malicieusement : « Simple mesure de sécurité, on ne sait jamais ce qui peut arriver et il ne faudrait pas qu’un examen soit perturbé… » C’est tout à fait rassurant, merci Alexeï !

Le lycée nous étant fermé, nous nous rendons devant un bâtiment ancien, ayant eu différentes fonctions administratives, politique et militaires au long de l’histoire, aujourd’hui transformé en musée national d’histoire et d’archéologie. C’est exactement ce que je recherchais et demande à y aller ; plusieurs autres délégués sont intéressés et nous suivons Alexeï à l’intérieur. Munis de nos tickets, nous pénétrons dans la première et unique salle du rez-de-chaussée, qui présente des pièces antiques découvertes dans les alentours de Constanţa : objets du quotidien mais aussi bijoux ou statues magnifiques sont ici présentés devant nos yeux. Néanmoins, il nous manque l’essentiel : un véritable récit de l’histoire de la région. Avec les premier et dernier étages, je ne vais pas être déçu !

Au premier étage, le musée nous présente (en Roumain, Anglais et Français !) les différentes époques de l’histoire de la ville. Ces périodes correspondent en fait aux différentes présences de grandes civilisations sur le territoire. Au fur et à mesure de la visite, nous prenons conscience de la concentration des influences culturelles sur la zone, véritable carrefour européen depuis plus de 2000 ans.

J’apprends énormément de choses grâce aux objets présentés, mais surtout avec les textes expliquant la grande Histoire de la Roumanie. Je découvre ainsi les Géto-daces, peuple si valeureux qu’Hérodote leur rendit hommage dans un de ses ouvrages (« Parmi les Thraces, les plus vaillants sont sans conteste les Gètes. »), l’influence grecque, l’époque romaine (qui a laissé une grande trace : la langue roumaine est la langue la plus latine encore vivante), les périodes de domination hongroise catholique, ottomane musulmane et russe orthodoxe ; puis, en 1866, arrive la consécration : la principauté de Roumanie est officialisée, avec à sa tête le prince Charles Ier, qui deviendra roi du royaume de Roumanie en 1881. Charles Ier mourra peu après le début de la Première Guerre mondiale, laissant le trône à Ferdinand Ier.

Malheureusement, après cela, il m’est difficile de comprendre les écriteaux, ceux-ci n’étant plus traduits ni en Français ni en Anglais au dernier étage, qui présente l’histoire roumaine de la fin du XIXème aux quelques années post-révolution de 1989. Je me contente d’observer les images et objets, qui pour certains racontent très bien un évènement, et complèterai mes connaissances avec des lectures diverses. Je découvre une histoire moderne riche mais souvent tragique : montée du nationalisme dans les années 30, mais un gouvernement qui s’insurge contre ces mouvements d’extrême-droite ; la Roumanie se positionne contre Hitler mais avec la chute de la France, elle se retrouve isolée à l’est et se fait en partie dépecer par Hitler et Staline ; un peu comme en France, est placé à la tête de a Roumanie un dirigeant d’extrême-droite favorable au fascisme : Ion Antonescu dit le « Conducător » (« le Guide », titre qui sera repris par Ceausescu), qui considère Pétain comme un de ses modèles et qui finira, comme lui, condamné à mort pour crimes de guerre.

Mais après la domination fasciste, la Roumanie passe sous l’emprise du communisme lors d’un coup d’Etat organisé le 6 mars 1945 par le ministre soviétique des affaires étrangères Vychinski : il place les communistes au sommet des ministères-clés : Intérieur, Justice et Finances. Il se tient, conformément aux promesses faites aux Etats-Unis et à l’Angleterre, des élections dites « libres », mais qui se dérouleront en fait dans un climat de terreur où pillage et assassinat de candidats politiques adversaires du Parti sont légion. Si le régime est au départ une monarchie communiste, il ne faudra pas longtemps aux soviétiques pour évincer le roi Michel Ier, qui abdique et quitte le pays suite à des menaces de représailles contre ses partisans prononcées dans le bureau du roi par le ministre Vychinski lui-même !

Le 30 décembre 1947, le roi fuit le pays, qui devient officiellement et dans la journée la République populaire de Roumanie. Le pays sera pillé par les Russes au nom des dédommagements pour l’engagement de la Roumanie d’Antonescu aux côtés des nazis. S’en suit alors le « classique » communisme d’épuration : emprisonnements des opposants, des intellectuels, recrutement à tour de bras au PC, création d’une police politique secrète (la fameuse Securitate). Après la mort de Staline en mars 1953, la Roumanie détend sa politique extérieure et entretient des relations commerciales avec Israël et même les Etats-Unis ! Puis, après la mort de Gheorghiu-Dej, en 1965, arrive Nicolae Ceausescu.

Celui-ci transforme le pays : la Roumanie devient officiellement la République socialiste de Roumanie, indépendante de l’URSS mais aussi totalitaire. Mégalomane, Ceausescu revient d’un voyage en Chine et Corée du Nord avec l’idée d’une révolution culturelle et de l’instauration d’un culte de la personnalité. Si la Securitate fusille officiellement beaucoup moins qu’auparavant, la misère est bien réelle en Roumanie et de nombreux citoyens meurent de faim et/ou de froid. Malgré le manque de moyens financiers du pays, Ceausescu décide un gigantesque plan de reconstruction de la ville de Bucarest, fait détruire énormément de quartiers pour reconstruire par-dessus des bâtiments massifs et très rectilignes, dans la plus pure tradition communiste. Dans le même temps, il lance le projet de construction du Palais du Peuple, deuxième plus grand bâtiment du monde après le Pentagone comme nous l’avons déjà vu. Afin de lutter contre le marché noir, Ceausescu lance une politique de regroupement des villages : énormément de villages de campagne sont détruits et les habitants sont relogés dans de grands immeubles où sanitaires et cuisine sont collectifs. Ce procédé limite effectivement les revenus des agriculteurs et arrête la possibilité pour les citadins d’acheter de la nourriture, souvent introuvable. Ceci révolte la population, qui se lance dans des émeutes de la faim en 1987. Alors que l’URSS lance tente via Gorbatchev de changer certaines facettes de sa politique, Ceausescu reste convaincu de la bonne marche de sa propre politique, qui mène pourtant son pays au désastre. Les officiels communistes le prient à plusieurs reprises de changer de politique et vont même jusqu’à l’isoler sur la scène internationale. En décembre 1989, des manifestations éclatent à Timisoara, et seront réprimées par la police, qui tire sur la foule. Cette décision affaiblit encore la position de Ceausescu, qui n’a plus le soutien de l’armée. Le dictateur et sa femme sont finalement arrêtés, jugés et exécutés le 25 décembre 1989. L’aile réformatrice des communistes, proche de Gorbatchev, souhaite prendre le pouvoir et appliquer un « socialisme scientifique à visage humain ». Mais la foule ne l’entend pas de cette oreille : des rapports annoncent que des hordes sanguinaires souhaitent prendre leur revanche sur les communistes. Pris de panique, les dirigeants décident d’abolir le communisme, de dissoudre le Parti et de se dire partisans de la démocratie. Ils annoncent en outre que Ceausescu s’est échappé et qu’il est défendu par ses partisans, ce qui entraîne des combats dans tous le pays de groupes armés souhaitant la mort du dictateur se fusillant entre eux, croyant se battre contre les protecteurs de Ceausescu. Finalement, la mort de l’ancien leader est annoncée officiellement et les combats cessent.

Les anciens partis interdits sous le communisme réapparaissent, mais c’est tout de même Ion Iliescu, un ancien cadre communiste, qui est élu à plus de 85% des suffrages en mai 1990. En fait, la classe politique roumaine a assez peu changé malgré la révolution : la plupart des politiciens influents étaient des membres de la nomenklatura communiste. Encore aujourd’hui, le président roumain Traian Basescu avoue sans grande peine son passé communiste – certains disent qu’il aurait même été élu pour son franc parler… Petit à petit, la Roumanie s’est engagée dans des réformes économiques et politiques importantes. Mais il reste énormément de progrès à faire, notamment dans l’optimisation des administrations, dans les choix énergétiques et des infrastructures de transport, ainsi que dans la lutte contre la corruption, toujours endémique.

De manière plus anecdotique, j’ai aussi l’occasion de voir les galeries du musée présentant les différentes monnaies européennes depuis la fin du XIXème, des médailles militaires et, enfin, une collection de pipes sculptées ! C’est très beau, assez intéressant, mais je me suis un peu écarté du groupe et ne voudrais pas qu’Alexeï s’inquiète. Une fois que j’ai pu tout voir, je retrouve le groupe à la sortie et nous prenons la route de la mosquée de Constanţa. L’édifice est beau, bien qu’il ait besoin de quelques rénovations. Nous montons en haut du minaret en empruntant le très étroit escalier en colimaçon. L’effort est intense, mais la vue que nous avons après cela est magnifique : nous pouvons contempler Constanţa de part et d’autre. C’est probablement de cet endroit que nous pouvons le mieux nous rendre compte de la diversité (on pourrait même dire de la mixité) qui caractérise la ville : alors que nous observons les lieux depuis le minaret d’une mosquée, nous pouvons apercevoir en face de nous une cathédrale orthodoxe, une église catholique légèrement sur notre droite, derrière nous se tiennent plusieurs autres lieux de culte de différents courants religieux… Tous ces bâtiments ne se trouvent qu’à quelques rues les uns des autres et pourtant la ville ne paraît aucunement troublée par cette promiscuité des religions. Bien au contraire, on sent une véritable harmonie entre ces gens pas si différents les uns des autres, partageant leur piété malgré leurs appartenances spirituelles diverses. Je ressens à ce moment précis un véritable espoir : il serait donc possible que les religieux de toutes sortes et les athées les plus convaincus cohabitent, et même vivent ensemble ; la tolérance ne serait pas totalement obsolète et l’union des cultures pourrait même se révéler n’être pas une vulgaire chimère…

Je reste pensif et admiratif lorsque nous sortons de la mosquée pour nous diriger vers le port, où nous allons nous restaurer. En parlant de restauration, mais dans un autre sens, nous pouvons apprécier le travail réalisé sur le port même, très agréable à regarder : on pourrait se croire dans une petite station portuaire du Golfe du Morbihan – ça ne rate pas, j’en ai un petit pincement au coeur. Je réfléchis à l’angle de l’article-témoignage que je vais devoir rédiger et il m’apparaît clairement qu’il me faudra parler du symbole que représente Constanţa pour l’Union Européenne et sa philosophie, résumée dans sa devise : « L’Union dans la Diversité ». Constanţa est clairement une ville européenne, chargée d’une histoire riche de plusieurs siècles d’influence et de domination par des peuples et civilisations très différentes et ayant marqué leur époque, au sens propre comme au figuré.

Après le restaurant, nous nous rendons, en compagnie de Dragos et Ruxandra – qui nous ont rejoints – vers le casino de la ville. Celui-ci est fermé au public, et donc impossible à visiter, car doit faire l’objet d’un grand projet de réhabilitation… Mais la mairie cherche toujours le bon investisseur. Nous prenons quelques photos et vidéos du paysage et du groupe, réalisons quelques petits clips/interviews des différents participants au voyage puis nous rendons tous ensemble vers le bus qui doit nous ramener aux navettes, nous amenant elles-mêmes à l’Hotel Ten Union. Dans le bus de ville, je suis extrêmement fatigué, tout comme Can : je m’endors plusieurs fois, manque de tomber par terre lors d’un virage un peu serré puis me fait réveiller par Alexeï.

Une fois dans la navette, les organisateurs vérifient que tout le monde est bien là puis nous partons. Alexeï installé à côté de moi, nous reprenons la conversation commencée dans le bus en début de journée. Il m’explique son projet d’études et professionnel : son objectif est d’étudier le Business Management en Angleterre, vivre dans ce pays quelques années, se constituer un certain capital, suffisant pour pouvoir revenir en Roumanie et lancer une affaire. Je suis très intéressé par ce projet, car j’ai l’impression qu’énormément de jeunes Roumains cherchent à partir à l’étranger pour faire leurs études et travailler : n’y-a-t’il donc pas de bonne université ni de possibilités professionnelles en Roumanie ? Alexeï me répond très simplement qu’il lui serait possible de faire tout son projet en Roumanie, mais qu’il lui prendrait très sûrement beaucoup plus de temps, qu’il irait probablement moins loin et qu’avec l’importante corruption en Roumanie, ce genre de projet est miné et arrive rarement à décoller. « Forcément, dans ce cas là, conclue Alexeï, si tu as la possibilité de partir à l’étranger, tu y vas ! » Et, comme j’ai pu le constater en discutant avec les gens présents à la session, beaucoup de jeunes Roumains sont dans cette optique : il leur faut partir à l’étranger pour réussir, quitte à revenir plus tard dans leur pays – une fois qu’ils auront acquis suffisamment de capital pour monter quelque chose de rapidement solide. Cette « fuite des cerveaux » est problématique, car fait fuir les forces vives les mieux formées et donc les plus à même de relancer le pays, ou plus exactement d’exploiter à fond le potentiel énorme de ce dernier. J’avais déjà entendu parler de ce souci qu’avait la Roumanie quant à l’émigration de ses médecins vers la France, mais il m’est apparu durant mon voyage que cette difficulté se généralise à l’ensemble des métiers qualifiés et à plusieurs pays d’Europe – Angleterre et Allemagne notamment. Il n’y a probablement pas de solution miracle à cette problématique nationale et il serait prétentieux de prétendre vouloir donner des leçons à un pays que je ne connais finalement que très peu. J’espère néanmoins que les Roumains trouveront rapidement les clés qui leur sont nécessaires pour ouvrir toutes les portes du succès qui se présentent devant eux.

Nous arrivons à l’hôtel, où je retrouve Vincent, rentré lui de Mamaïa, où tout s’est apparemment très bien passé : l’eau était bonne, la plage agréable et tout le monde en a manifestement bien profité. Alors que les délégués ont quartier libre, j’ai une dernière mission à remplir – et ce avant 19h : écrire mon témoignage sur Constanţa. J’ai du mal à trouver un angle d’approche efficace, d’autant plus que je suis limité au niveau de la longueur de l’article. Après maintes triturations, essais raturés et recherche de plans plus synthétiques les uns que les autres (parfois trop), j’arrive enfin à une ébauche d’article acceptable pour moi et – je l’espère – pour mes éditeurs – je découvrirai cela un peu plus tard !

Ce soir, pas de fête de prévue : les délégués auront le droit à une formation au poste de chair entre 20 et 21h, puis une heure de temps libre, une réunion en commission à 22h qui doit se terminer assez rapidement, puis nous sommes libres le reste de la soirée. Ceci doit permettre à ceux qui le souhaitent (et ils sont nombreux) de se reposer afin d’être en forme pour les débats.
Après le dîner, Vincent se rend à la formation, pendant que mets les dernières touches à mon article sur Constanţa, aidé de Ruxandra. Tout l’équipe de rédaction discute ensuite des derniers articles à écrire, des tâches qui reviennent à chacun pour finir le magazine, qui doit être théoriquement fini demain soir !

Ver 21h, une fois que nos réunions respectives sont terminées, je pars avec Vincent et quelques déléguées pour une petite ballade autour de la plage ; puis nous nous retrouvons seuls, Vincent et moi. C’est l’occasion d’une longue discussion entre Français pour faire le point sur la session, nos impressions et ressentis respectifs, émettre nos critiques (bonnes et mauvaises) et, surtout, partager de bonnes tranche de rire – ce qui n’est jamais désagréable !

Après cela, Vincent rejoint sa commission et moi l’équipe de journalistes. J’aide Can, notre responsable photo, à sélectionner les meilleurs clichés, aussi bien pour illustrer le magazine que les Tomis Awards, qui doivent avoir lieu le lendemain. Certains clichés sont très drôles, parfois un peu trop pour passer auprès de la présidente du PEJ-Roumanie, qui doit donner son accord sur approximativement tout. Je découvre ainsi un autre pan du journalisme, que l’on pourra désigner au choix comme un « contrôle éditorial » (euphémisme) ou comme de la « censure » (terme peut être un peu radical quoiqu’assez proche de la réalité à certains moments). Heureusement, nos deux éditeurs Dragos et Ruxandra sont bien décidés à défendre notre liberté au maximum… Mais ce n’est pas évident face à une femme qui tient le PEJ-Roumanie depuis sa création, c’est-à-dire une quinzaine d’années !

Nous réussissons finalement à sélectionner près d’une centaine de photos, pleins d’espoir que la majorité d’entre eux soit acceptée. Une fois ce travail fini, je rejoins ma commission pour une préparation de l’AG. Tous les délégués d’AFET II sont présents et aux aguets. Ana Maria est dans une position difficile : en tant que présidente du Forum, elle ne pourra être présente aux côtés des délégués durant l’Assemblée… Cette tâche m’incombera ! Je suis à la fois très fier de la confiance que ma chair m’accorde et plein d’appréhension : n’ayant jamais été chair, je n’ai jamais eu à gérer moi-même une équipe de délégués lors d’une Assemblée Générale – moment durant lequel, les habitués le savent, tout le monde est sur le qui-vive, prêts à poser des questions, lancer des attaques contre les résolutions et y répondre. J’explique cette « peur » à Ana Maria, qui me rassure en me répondant qu’elle va expliquer précisément devant tous les délégués les règles de l’AG, notamment la gestion des panneaux servant à prendre la parole, afin que l’équipe dans son entier soit à même de prendre en charge cette tâche et ainsi éviter les cafouillages et débordements liés à l’absence d’un chair expérimenté au sein de la commission. A la fin de la réunion, nous nous embrassons tous, motivés pour assurer le job qui nous revient. Nous nous quittons, certains partent pour leur chambre, d’autres pour la plage ou la terrasse de l’hôtel. Je suis de ces derniers : je rejoins Vincent et d’autres délégués, notamment Daniel (le délégué que j’ai interviewé pour l’article sur les souvenirs) et ses amis, très chaleureux. Nous partageons quelques verres, discutons ensemble du déroulé de la session, qu’ils considèrent tous apparemment comme une expérience très enrichissante – mais aussi assez exténuante. Et justement, il nous faut reprendre des forces afin d’assurer demain, nous nous rendons tous chacun dans nos chambres respectives.

Une fois de plus, je rejoins Can, qui travaille encore sur le film et s’attèle à une tâche importante : réaliser la bande annonce qui annoncera le film de session lors de la remise des Tomis Awards. Lorsque je m’endors, Can est toujours au travail ; j’ai à peine le temps de lui souhaiter bonne nuit que je sombre dans un sommeil profond.

Jeudi 1/09

Je me réveille à l’heure pour le deuxième jour de suite. Une date à marquer d’une pierre blanche ! Can a un peu de mal à émerger, mais je ne peux lui en vouloir : il a travaillé dur et jusqu’à très tard – j’apprendrai peu de temps après qu’il avait fini de travailler à peine une heure et demie avant que je ne me lève ! Je descends dans le hall, afin de retrouver mes délégués autour d’un bon petit déjeuner et préparer tous ensemble l’Assemblée Générale. Ils ont tous l’air assez impatients de vivre cette expérience, et bizarrement pas trop stressés – c’est plutôt bon signe et, je le verrai plus tard, reflète bien l’atmosphère dans laquelle vont se dérouler les débats !

Après cela, nous avons quartier libre jusqu’au déjeuner. J’en profite pour me reposer, écouter un peu de musique et lire quelques articles de journaux. Je rejoins ensuite Vincent et Can pour le déjeuner, assez frugal mais suffisant. Car il fait chaud, très chaud même – ce qui annonce une après midi assez difficile à tenir. Je remonte dans ma chambre me mettre en condition pour l’Assemblée Générale : douche, mise en place de « l’uniforme » (costume, cravate, chaussures élégantes), vérification du matériel de journaliste que je vais utiliser. Can fait la même chose et nous descendons tous les deux dans le hall, où je rejoins mes délégués. Les passants sont quelque peu interloqués : que font donc ces dizaines de jeunes gens en costume et robes dans cet hôtel de station balnéaire – surtout avec cette chaleur ?! Nous nous installons dans la salle apprêtée par l’hôtel. Effectivement, il fait extrêmement chaud et être en costume et cravate n’arrange pas les choses !

Les délégués s’installent par commission, révisent rapidement les notes prises sur les différentes résolutions, prêts à en découdre. Toutes les commissions ont préparé un « attack speech » et des questions souvent critiques sur chaque résolution, y compris la leur propre – ceci afin de se préparer au mieux aux attaques à leur encontre qui pourraient provenir des autres délégués. On sent une certaine confiance qui laisse présager des débats de qualité, malgré certaines résolutions objectivement assez faibles ou bancales.

Ana Maria, assise au Bureau, ouvre la séance alors que retentit l’hymne européen. Ce moment solennel n’altère pas néanmoins l’ambiance bon-enfant qui règne dans l’assemblée. Les débats ne sont pas encore commencés que des panneaux se lèvent. Mais ceux-ci n’ont pas pour but de prendre la parole, bien au contraire : les délégués les utilisent bien plus souvent pour faire passer des messages humoristiques à tous leurs camarades. On rit logiquement beaucoup, les rivalisent de malice et d’esprit pour sortir le bon mot au bon moment.

Mais les débats ne sont pas en reste : les discours, aussi bien d’attaque que de défense sont de qualité, les questions plutôt bien senties et les réponses globalement pertinentes : les commissions ont bien travaillé. Et malgré la chaleur et les tentations à se laisser aller, toutes les commissions restent concentrées. D’ailleurs, ceux qui semblent ne pas écouter et posent des questions déjà posées auparavant se font rapidement (mais gentiment tout de même) remettre à leur place aussi bien par une remarque du Bureau que par les délégués eux-mêmes.
Je ne suis personnellement pas d’accord avec toutes les résolutions, loin de là, mais l’Assemblée ne semble pas de mon avis : elles sont toutes acceptées. On notera néanmoins que le système de vote à main levée ne fait pas l’unanimité parmi les participants, notamment pour deux résolutions qui font énormément débat et dont le vote aurait pu se compter de manière plus précise, le résultat (majorité de « oui ») étant faux pour une bonne partie des gens présents. Mais malgré cet accroc, l’AG se déroule plutôt bien. Juste après la pause, notre équipe de journalistes fait le show en « kidnappant » le Bureau et lisant sa résolution farfelue – obligeant, entre autres choses, les délégués à boire des shots et à vivre nus – mais plébiscitée par l’Assemblée ! Puis l’AG repart pour trois résolutions, elles aussi toutes acceptées, comme je l’ai dit plus haut.

Vers 18h30, il est largement temps de clore l’AG et par là même le Tomis Forum. Nous entonnons tous le désormais classique hymne du PEJ « Imagine » de John Lennon, nous embrassons, fatigués mais contents de notre travail. Je remercie ma commission pour sa participation active au débat et les prie de m’excuser pour les erreurs que j’ai pu commettre durant la session – si je crois les délégués d’AFET II sur parole, elles n’ont pas été si nombreuses, ce qui me rassure !

Il est temps désormais de se défaire de nos costumes et robes étriqués et d’enfiler quelque chose de plus confortable : dans quelques heures, nous partirons pour la dernière soirée à Erforie, dont le thème sera « Drôles de perruques et chapeaux » (Funny hats and whigs) mais avant cela nous avons un programme chargé : dîner, formation au travail de journaliste (assurée par nos éditeurs et Can) pour les délégués volontaires – et ils sont nombreux ! – et cérémonie des Tomis Awards !

Nous arrivons tous au dîner en tenue bien plus décontractée qu’il y a encore quelques minutes – le contraste est d’ailleurs assez saisissant et passablement drôle ! On dîne puis discute avec ses nouveaux amis, dont on a parfois « violemment » attaqué la résolution durant l’Assemblée générale. Mais la session est officiellement terminée et il n’y a de toute façon pas de raison de s’en vouloir : nous avons fait ce que nous avions à faire, il est temps maintenant de célébrer la fin de session – et comme il se doit, s’il vous plaît !

Nous rejoignons ensuite l’équipe dirigeante dans la salle de réception pour la cérémonie des Tomis Awards. Dragos m’explique que, par manque de temps, il y aura moins de prix et que ces derniers seront surtout là pour remercier les chairs, organisateurs et journalistes de leur travail. Tous les « cadres » de la session reçoivent donc leur prix, chacun avec un intitulé assez comique ; puis vient le tour des chairs et enfin des journalistes. J’obtiens un prix en commun avec Can, nous remercions l’assemblée de délégués qui nous fait face et nous applaudit – nous les applaudissons en retour, bien sûr, pour leur travail remarquable. Après cela, je retourne à ma place, car c’est le moment tant attendu du trailer de la vidéo de session ! J’ai pu en voir une version non-définitive qui laissait présager quelque chose d’assez exceptionnel, mais le résultat final est encore au-dessus de mes espérances ! Il n’y a pas à dire : Can a très bien travaillé ! Tout le monde est ravi du trailer et presse Dragos de sortir le film dans son intégralité – un vrai succès !

C’est avec le sourire aux lèvres et une certaine fierté que nous partons pour le club où doit se dérouler la dernière soirée du forum. Il s’agit du même que la dernière fois, ce qui n’est pas désagréable étant donnée la bonne soirée que nous y avions passée. Quelques délégués ont pu apporter des chapeaux et perruques, mais l’objectif n’est pas là : il faut profiter à fond de cette dernière soirée, des derniers moments passés avec nos camarades, qui ne sont plus désormais chairs, journalistes, organisateurs ou délégués, mais simplement des jeunes Européens unis dans la fête ! Et tout le monde l’a bien compris : les discussions vont bon train, les rires sont partout, tout le monde danse – y compris ceux qui se sont montrés relativement discrets depuis le début du forum : les PEJistes se lâchent ! L’ambiance est excellente, la soirée l’est donc aussi. La fatigue se fait néanmoins ressentir chez certaines personnes, et je suis de celles-là : à peine assis sur un banc, après avoir dansé comme un diable pendant plusieurs heures, je commence à m’endormir ! Je suis réveillé par Vincent, lui très en forme, puis pars pour l’hôtel, accompagnés d’une journaliste roumaine et un chair italien – le tableau est cocasse.

Je rejoins ma chambre d’hôtel et m’écroule sur mon lit : la nuit s’annonce longue ; mais je vais pouvoir en profiter : demain, grasse matinée autorisée !

Vendredi 2/09

Je me réveille vers 11h, en pleine forme ! Je range rapidement mes affaires et fais mes bagages. Je retrouve Vincent, lui aussi prêt à partir. Mais notre retour à Bucarest ne débutera pas normalement avant 17h, nous avons donc encore un peu de temps devant nous pour profiter d’Erforie. Arrivés dans le hall, nous laissons nos bagages à la réception et retrouvons nos anciens collègues, pour certains devenus nos amis.

Pour certains, il est l’heure de partir et les adieux sont parfois assez émouvants. On se promet de rester en contact, notamment via Facebook, de se revoir, dans un pays ou un autre, on s’embrasse, quelques-uns pleurent, mais on rit beaucoup, aussi.

Après avoir dit au revoir à nos camarades turcs – Can et Olcay en tête – Vincent, Daniel et moi nous rendons au centre d’Erforie afin de déjeuner. Nous choisissons un self proposant des plats roumains typiques, dont certains que je n’avais pas encore eu la chance d’essayer. Nous nous installons à table et commençons à faire le bilan de nos impressions sur la session. Afin que nous puissions tous nous comprendre, je dois parler à Vincent en Anglais, exercice toujours assez perturbant mais très formateur !

Nos conclusions sont pour la plupart communes : cette session a été intéressante et agréable, notamment pour son cadre, mais le programme et la manière de procéder de certains organisateurs nous a quelque peu surpris, voire déçus. En effet, certains d’entre eux ont été assez « autoritaires » tout au long de la session, allant parfois jusqu’à vilipender un délégué publiquement (Daniel en a fait les frais), sans raison objectivement valable. La mainmise de la présidente du PEJ roumain sur les organisateurs a aussi, de notre avis commun, pu se révéler assez désagréable, car nous a privés d’un certain côté « fun » supplémentaire qui n’aurait rien enlevé à la qualité du travail en commission mais a pu se révéler assez lourd à vivre, notamment pour les délégués. Mais, globalement, cette session s’est assez bien déroulée et nous a permis d’apprendre et de découvrir de nouvelles choses et personnes, ce qui est après tout le but premier du Parlement Européen des Jeunes !

Notre conversation continue après cela sur la Roumanie et c’est pour moi une bonne occasion de comprendre un peu mieux l’histoire du pays et surtout la vision des Roumains, notamment jeunes, sur leur contrée. J’ai pu remarquer (comme je l’ai précisé auparavant) que Daniel était un garçon loquace et intéressant, j’écoute donc ce qu’il me dit avec attention. Il m’explique sa vision de la Roumanie, de la classe politique roumaine et des solutions qui pour lui seraient les bonnes aux problèmes du pays. Il compare la situation roumaine actuelle et celle de l’ère-Ceausescu, ce qui brise quelques à priori en moi – objectif du voyage. Avec Vincent, qui connaît très bien l’histoire roumaine, ils éclaircissent pour moi la situation du pays quant à la Moldavie et la Bessarabie, qui sont deux territoires contestés depuis très longtemps et restent des problématiques importantes en Roumanie. Pour finir sur une note un peu plus joyeuse, alors que nous sommes sur le chemin du retour pour l’hôtel, Daniel revient sur l’interview que nous avons faite ensemble et m’explique aussi « l’arnaque historique » que constitue Dracula. Souvenirs prisés par les touristes venus visiter la Transylvanie, les goodies Dracula sont en effet un mensonge : le « Comte Dracula » a assez peu de choses à voir avec la Transylvanie. En effet, le château de Bran est associé aujourd’hui à Vlad III l’Empaleur (1431 à Târgoviste, Valachie ou Schässbourg/Sighisoara, Transylvanie selon les sources – 1476 à Bucarest), improprement car il n’y a probablement jamais séjourné. C’est surtout la figure qu’il a inspiré, à savoir le personnage du Comte Dracula, vampire, qui a fait connaître le château… et permet de vendre beaucoup de produits dérivés aux touristes. Vlad III, populairement connu sous le nom de Comte Dracula, est effectivement né, selon certaines sources, en Transylvanie (bien que, selon d’autres, il serait plutôt né en Valachie, i.e. la macro-région du sud de la Roumanie), mais il a majoritairement vécu au sein de l’Empire Ottoman puis en Valachie, dont il a été prince en 1448, puis de 1456 à 1462 et enfin en 1476. La mémoire nationale l’aurait donc apparemment placé en Transylvanie afin de dynamiser cette région du point de vue touristique, ce qui a d’ailleurs l’air de plutôt bien marcher, étant donné que, chez le citoyen Français lambda, les trois choses qui viennent à l’esprit lorsque l’on parle de symboles de la Roumanie sont « Bucarest », « le palais de Ceausescu » et « Dracula, le vampire des Carpates »…

Lorsque nous arrivons à l’hôtel, nous croisons Rares et trois de ses amies (Raluca, Ioana et Nico), qui se rendent à la gare routière d’Erforie pour prendre un bus vers la gare de Constanta d’où ils prendront un train passant par Bucarest. Nous sautons sur l’occasion de voyager accompagnés, allons chercher nos bagages dans le hall, saluons tout le monde – c’est à notre tour, toutes les bonnes choses ont une fin ! – et partons en compagnie de Rares, sa nouvelle petite copine (Raluca) et ses amies.

A discuter avec eux de la session, nous nous rendons rapidement compte qu’ils partagent tous trois les mêmes impressions que Daniel et nous – le sentiment en fait, petit à petit, apparaît général. Ils ont néanmoins plutôt bien aimé l’expérience et pense à recommencer une aventure PEJ… mais peut être pas en Roumanie ! Le train que nous prenons est un train privé, ce qui, en tant que Français, nous est assez inédit. Les spécificités de ce train sont qu’il est moins cher, plus rapide et moins rempli… J’en prends note ! Durant le voyage, néanmoins assez long, nous faisons découvrir quelques morceaux de musique française à nos compagnons – ils ont d’ailleurs l’air d’apprécier – parlons de nos études, de montres (Rares est un passionné, tout comme moi), de nos études respectives (tourisme, business, économie, cuisine, politique… c’est assez varié !)… Bref, le voyage est très agréable et le contrôleur, qui nous vend les billets, est très sympathique et amical. Nous arrivons finalement à Bucarest vers 21h, après trois heures de train.

Toujours dans la gare, nous appelons Dragos, qui nous a invités à passer la soirée avec lui et deux de ses amis. Nous nous rendons à l’hôtel, où nous ne dormirons qu’une nuit, posons nos valises, prenons une douche rapide et rejoignons Dragos dans le quartier des bars. Il nous amène à la terrasse de l’un d’eux et nous présente à ses amis. Surprise : une de ses camarades (Cristina) est elle-même accompagnée d’amies étrangères de sa faculté – elle fait ses études en Angleterre – venues comme nous en vacances pour quelques jours en terre roumaine. L’une d’elle (Saanya) est indienne, l’autre (Caitlin) est écossaise : une table cosmopolite, donc ! Nous faisons connaissance, tout le groupe est très sympa et ouvert, curieux de découvrir les manières de penser, finalement assez similaires, de gens provenant de pays qui ne le sont pourtant eux-mêmes pas vraiment.

Malheureusement, au bout de quelques minutes seulement, un évènement pas très heureux vient bousculer nos plans : Cristina s’est fait voler son sac à main lorsque nous déplacions la table. Afin de le récupérer, Dragos met en place toute une stratégie digne des meilleures séries policières : repérage et filature du voleur, traçage du sac à main grâce au GPS du téléphone dans le sac, soutien de la police… Nous, les étrangers, observons ce petit manège, amusés. Mais cela paye : le sac à main est retrouvé, le voleur arrêté par la police, les choses sont revenues dans l’ordre.

Durant la « traque », nous sommes partis du bar, afin de rejoindre la rue des bars à narguilés, nos comparses venues d’Angleterre ayant terriblement envie d’essayer cette chose étrange et inédite pour elles. C’est donc autour d’une bonne chicha que nous sommes enfin tous réunis et que nous pouvons sérieusement commencer à faire connaissance. Après ce bar, Dragos nous propose de nous rendre dans une boîte de nuit. Les filles ont envie de danser, nous les suivons donc comme il se doit.

« Décalé » serait un mot un peu trop faible pour décrire le style visuel du « Church » : on oscille entre temple religieux et maison de dépravation, les symboles presque spirituels se mêlant aux chaînes SM et images (des dessins et gravures style fin du XIXème) assez peu reluisantes diffusées en continu sur les écrans de part et d’autre du club. On pourrait s’attendre à un public, une musique et une atmosphère en concordance avec l’esthétique du lieu, et pourtant pas du tout : la musique, sans être réellement « mauvaise », reste très habituelle et surtout pas vraiment faite pour danser, les gens sont tout à fait normaux, rien de très fantasque, en somme.
Nous faisons tout de même la fermeture du lieu, qui n’arrive en fait qu’une heure et demie après notre arrivée. Nous saluons tout le monde, puis Dragos nous ramène en voiture à un arrêt de métro. Nous rentrons ainsi à l’hôtel, où nous nous endormons très vite après cette longue et intense journée.

Samedi 3/09

Nous nous levons tard, très tard même : nous avons à peine une demie heure pour nous préparer et plier bagage, sous peine d’être pénalisés par l’hôtel. Nous rendons les clés, puis nous rendons avec nos valises au restaurant d’un ami du père de Vincent : le Trafalgar. Comme son nom l’indique, il s’agit d’un restaurant aux spécialités anglaises. Nous y mangeons (très bien d’ailleurs), croisons le patron qui ne discute néanmoins que très peu de temps avec nous. Puis nous retournons, en métro et bus, à l’appartement dans lequel nous avons dormi les premières nuits. Nous y laissons nos affaires et nous séparons pour quelques heures : Vincent va visiter sa tante, tandis que je me rends au musée national d’histoire.

Lorsque j’arrive au musée, on m’explique qu’il fermera ses portes une heure plus tard : le temps m’est donc compté ! J’observe rapidement une reproduction magnifique et gigantesque de la colonne de Trajan, qui raconte l’histoire d’une bataille des Romains contre les premiers Roumains. Ces derniers ont été si braves au combat que les Romains, vainqueurs, ont décidé de leur rendre hommage en érigeant une statue relatant l’histoire de la bataille sur une gigantesque colonne. Je continue ma visite en allant voir le Trésor National : il s’agit des plus grandes richesses historiques de la Roumanie. Très logiquement, la pièce est gardée par un service de sécurité fourni, truffée de caméras de surveillance et doit rester confidentielle : les photos sont donc interdites. Je peux néanmoins découvrir de véritables bijoux (c’est le cas de le dire) : des objets du quotidien comme des couronnes et bijoux royaux, des sceptres, des objets religieux ou des livres aux reliures absolument incroyables. C’est un véritable délice pour les yeux ! Mais, au bout d’une heure, on me prie de partir du musée et me dit de revenir le lendemain : j’explique qu’étant donné que ce sera le jour de mon départ, c’est impossible. Me répond-on : ce sera l’occasion de revenir à Bucarest !

Je sors du musée et pars me balader dans Bucarest. Vers 19h, je rentre à l’appartement. Vincent m’y rejoint, nous appelons Dragos qui nous avait proposé de nous voir pour notre dernier soir en Roumanie. Vincent doit partir dîner avec une de ses amies roumaines, je dois donc rejoindre Dragos à Unieri, devant le Mc Donald’s. Seulement, lorsque j’arrive au rendez-vous, pourtant à l’heure, pas de Dragos. J’attends, longtemps, puis mange un morceau, persuadé que Dragos m’a posé un lapin. Mais un doute ma traverse, ce n’est pas le genre de Dragos. Afin d’être sûr, je demande au vigile du restaurant si un autre McDonald’s existe à Unieri : il m’explique alors que oui, mais qu’il se trouve sous terre ! En effet, le restaurant où Dragos m’avait donné rendez-vous était en fait celui de la station de métro, qui se trouve effectivement sous la terre. Je n’ai malheureusement pas de moyen de joindre Dragos, mais j’ai le numéro de Vincent. Après avoir trouvé une âme charitable qui me prête son téléphone et plusieurs appels, j’arrive à retrouver Dragos, qui est accompagné de Vincent. En fait, nous nous rendons dans un bar indien… celui qui se trouve à peine à 150m de l’appartement !

Toute cette galère pour ça ! Mais je prends ça avec le sourire : le principal est que nous soyons tous réunis !

Nous retrouvons Cristina, Caitlin et Saanya, qui sont en plus accompagnées de Delia, une autre roumaine. Une fois de plus, la soirée est très agréable et, heureusement pour nous, calme. En effet, nous sommes épuisés et le sommeil se fait vite sentir. Nous restons tout de même dans le bar jusqu’à une heure du matin. Avant de partir, nous prenons quelques photos de groupe, puis nous embrassons tous. Je souhaite bonne chance à Dragos pour le montage du film de session et la finalisation du magazine. Encore une fois, on se promet de prendre des nouvelles de chacun via Facebook et de se revoir dès que c’est possible.

Vincent et moi sortons du bar et nous rendons à l’appartement. Heureusement pour nous vu notre état de fatigue, la route n’est pas très longue. Nous sommes à peine rentrés dans l’appartement que nous sommes déjà écroulés sur nos lits respectifs, dans un profond sommeil.

Dimanche 4/09

Nous nous levons doucement : notre avion ne part qu’à 16h30, nous avons donc le temps de nous préparer. Nous faisons nos bagages, nettoyons l’appartement puis Bogdan, un proche de Vincent, vient nous chercher en voiture pour nous amener directement à l’aéroport. Nous faisons la route avec Lucie, la tante de Vincent, qui accompagne Bogdan. Nous les embrassons et les remercions pour leur gentillesse tout au long du séjour puis les laissons repartir.

Lorsque nous arrivons dans le hall de l’aéroport, le stress commence. L’endroit me paraît bondé, les files sont très longues et assez chaotiques, j’ai du mal à m’y retrouver – mais Vincent m’explique que la situation est normale, et qu’il est même agréablement surpris de la rapidité avec laquelle nous passons les différents contrôles. Nous sommes néanmoins retardés par le passage à la Police Aux Frontières roumaines, l’agent n’étant pas vraiment coopératif – et c’est un euphémisme. Mais nous arrivons finalement dans l’avion, où nous embarquons rapidement.

Le vol, comme à l’aller, se déroule sans entrave. Ayant pris nos billets séparément, je suis séparé de Vincent par plusieurs rangées de sièges. Mes voisins ne sont pas très loquaces, je m’endors. Lorsque je reprends mes esprits, nous sommes déjà en descente vers l’aéroport de Beauvais. Déjà en France…

Nous descendons de l’avion puis récupérons nos bagages. Nous sortons vite, passons les contrôles de papiers, puis rejoignons rapidement la navette qui doit nous ramener vers Paris. Après nous être installés, nous discutons quelques minutes puis Vincent s’endort, épuisé. J’ai moi aussi du mal à tenir et somnole. Arrivés à Porte Maillot, nous prenons le métro, direction Château de Vincennes. C’est sur ce trajet que nos chemins se séparent : je me rends Gare Montparnasse, Vincent lui s’en va pour Vincennes. Nous nous saluons de la manière habituelle, mais j’ai conscience – et j’imagine que lui aussi – d’avoir vécu quelque chose de fort.

Je traverse seul avec ma valise les couloirs du métro parisien. Je connais la route, je la fais machinalement, l’esprit à la fois confus et apaisé – pleins de sentiments paradoxaux. J’achète à manger puis monte dans le train. Il a beau être tard, la gare est encore pleine du monde des voyageurs prenant le dernier train pour rentrer chez eux.

Je monte dans le train et me rassasie un peu brutalement, sous le regard amusé de quelques voyageurs. Quelques minutes plus tard, j’ai besoin d’un peu d’eau, mais je n’en ai plus. Je me rends avec mes bagages vers le wagon-bar où je commence à discuter avec deux autres voyageurs. L’un est intermittent du spectacle, l’autre est directeur artistique. Je leur parle de mon expérience en Roumanie, qui a l’air de les intéresser. Ils trouvent très positif le fait qu’en tant que jeune j’aie eu envie de partir découvrir de nouveaux horizons, car c’est pour eux la meilleure manière de grandir et se construire.

Je quitte finalement les deux hommes à Nantes, où je m’en vais dormir chez l’ami qui m’avait accueilli le premier jour. C’est sa colocataire qui m’ouvre : Pierre est endormi, il travaille tôt le lendemain. Ludmila est avec deux amis, nous passons la soirée à discuter, ils sont tous très sympathiques.

Vers 2h, nous commençons à être tous fatigués et partons chacun pour nos lits respectifs. Malgré la fatigue, j’ai du mal à trouver le sommeil : des souvenirs du voyage s’entremêlent dans mon esprit, installant la confusion en moi. Des images fortes, belles ou laides parfois se succèdent à une vitesse folle. Cela dure une heure environ puis soudainement… plus rien. Mon esprit a dû finir de rembobiner la bande vidéo de mes souvenirs, il est temps pour moi de dormir, je me referai le film demain…

Maxime F.
Vannes-Nantes-Paris-Bucarest-Eforie Nord